Créer un espace sûr : MSF renforce l’accès aux soins pour les personnes LGBTQIA+ au Honduras

Le personnel de MSF tient une réunion d'équipe à la clinique de San Pedro Sula.
Le personnel de MSF tient une réunion d'équipe à la clinique de San Pedro Sula. © Fritz Pinnow Kawas/MSF

Depuis 2021, à San Pedro Sula, la deuxième plus grande ville du Honduras, Médecins Sans Frontières (MSF) renforce l’accès aux soins pour les personnes LGBTQIA+ ainsi que pour les travailleurs et travailleuses du sexe, deux communautés particulièrement exposées aux violences et aux discriminations. Elle y a notamment ouvert une clinique dédiée à ces communautés et aux victimes de violences sexuelles où les équipes offrent des soins médicaux et psychologiques complets sans aucune stigmatisation ni discrimination envers les patients.

À San Pedro Sula, les équipes de MSF se déplacent auprès des personnes LGBTQIA+ et travailleurs et travailleuses du sexe, deux communautés largement marginalisées, afin de distribuer des kits de santé sexuelle et reproductive.

« Les communautés apprennent à nous connaître et à reconnaître notre personnel », explique Armando Salinas, responsable de la promotion de la santé chez MSF.

Armando Salinas (au centre), responsable de la promotion de la santé chez MSF, et son équipe se préparent à partir pour une « intervention nocturne ».
 © Fritz Pinnow Kawas/MSF
Armando Salinas (au centre), responsable de la promotion de la santé chez MSF, et son équipe se préparent à partir pour une « intervention nocturne ». © Fritz Pinnow Kawas/MSF

Un modèle de dignité et de respect 

Au cours de ces visites, l'équipe de promotion de la santé mène des actions d'éducation et de sensibilisation en matière de santé sexuelle et reproductive. Pour de nombreuses personnes, se rendre dans un centre de santé revient à s’exposer aux discriminations et à l’exclusion, ce qui les empêche de demander les soins dont elles ont besoin. Les personnes LGBTQIA+ et les travailleurs et travailleuses du sexe sont plus exposés au risque de contracter le VIH/sida, certains cancers, des troubles mentaux et d'autres problèmes de santé, et sont souvent victimes de violences sexistes et sexuelles, qui peuvent elles-mêmes entraîner toute une série de conséquences médicales et psychologiques nécessitant des soins supplémentaires.

Compte tenu de ces facteurs de risque, MSF a ouvert en 2021 une clinique à San Pedro Sula, destinée aux personnes LGBTQIA+, aux travailleurs et travailleuses du sexe et aux victimes de violences sexuelles. Le programme, fondé sur des valeurs d’inclusion et de respect, offre des soins médicaux et psychologiques complets sans aucune stigmatisation ni discrimination envers les patients. 

La clinique MSF de San Pedro Sula fournit de nombreux services médicaux et de santé mentale aux personnes issues de communautés marginalisées. La santé sexuelle et reproductive est au cœur de ses activités, avec des services tels que le dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), y compris des tests rapides de dépistage du VIH, la vaccination préventive, la contraception, notamment les contraceptifs injectables, les DIU, les implants et les contraceptifs oraux, ainsi que la prophylaxie pré- et post-exposition (PrEP et PEP) pour la protection contre le VIH. Elle dispose également d'un programme en santé mentale, comprenant une ligne d'urgence pour les patients en situation de détresse. 

« Nous avons pris contact avec les communautés, gagné leur confiance et identifié leurs besoins », explique Diana Davila, responsable des services de santé mobiles chez MSF. « Sur cette base, nous avons élaboré des stratégies visant à améliorer l'accès aux soins ». 

Les difficultés rencontrées par les patients LGBTQI+ à l'hôpital 

Les préjugés et la stigmatisation sociale à l'égard des personnes LGBTQIA+ sont très fréquents dans les établissements de santé, qui deviennent des environnements hostiles où les patients risquent d'être victimes de transphobie, de coming-out forcé ou de mauvais traitements en raison de leur identité. En l'absence d'établissements de santé adaptés, beaucoup de personnes repoussent leur consultation chez le médecin jusqu'à ce que leur état de santé se détériore, parfois au détriment de leur santé. 

 Jefry, 26 ans a pu bénéficier pour la première fois d’une prise en charge en santé mentale.
 © Fritz Pinnow Kawas/MSF
 Jefry, 26 ans a pu bénéficier pour la première fois d’une prise en charge en santé mentale. © Fritz Pinnow Kawas/MSF

« Lorsque nous nous rendons dans un hôpital public ou un centre de santé, nous sommes toujours confrontés au regard des médecins qui n'ont pas reçu de formation en matière de diversité ou d'inclusion », explique Jefry, un patient de la clinique MSF de San Pedro Sula. « Ils nous jugent sans cesse, ils nous regardent toujours de travers, et cela nous décourage de nous rendre dans un centre de santé pour se faire soigner ». 

Au Honduras, les dossiers médicaux utilisent le nom et le sexe attribués à la naissance, conformément aux documents d'identité des patients. « Dès que vous entrez dans un établissement de santé, on ne vous appelle plus par votre nom », explique Armando Salinas, responsable de la promotion de la santé chez MSF. « Si je suis une femme transgenre, ils indiqueront toujours le sexe masculin. Si je suis un homme transgenre, ils indiqueront le sexe féminin, et non le sexe auquel je m'identifie. Et c'est là que commence la discrimination dans les prestations de services », précise-t-il. 

L'établissement dispose également d'un laboratoire interne proposant des tests rapides, ce qui signifie que les patients n'ont pas à quitter le cadre sécurisant de la clinique pour obtenir leurs résultats. « Nous venons ici et nous nous sentons en confiance pour faire le test », explique Melissa, une patiente transgenre et travailleuse du sexe. « Nous nous sentons comme chez nous ». 

Melissa, une patiente de la clinique de MSF à San Pedro Sula.
 © Fritz Pinnow Kawas/MSF
Melissa, une patiente de la clinique de MSF à San Pedro Sula. © Fritz Pinnow Kawas/MSF

Le personnel de la clinique MSF est formé à la diversité et à l'inclusion afin de s'assurer que les patients sont traités avec respect. Cela passe par des gestes simples comme demander à un patient quels sont ses pronoms et l'appeler par le nom qu'il a choisi plutôt que par celui qui figure sur sa carte d'identité. « Nous donnons aux gens la possibilité de se présenter tels qu'ils sont et tels qu'ils se sentent, et nous les traitons en conséquence », précise Armando Salinas.

Un soutien en santé mentale sans jugement 

David, un patient de 20 ans qui bénéficie d’un suivi psychologique à la clinique de MSF.
 © Fritz Pinnow Kawas/MSF
David, un patient de 20 ans qui bénéficie d’un suivi psychologique à la clinique de MSF. © Fritz Pinnow Kawas/MSF

Dans un bureau au sein du centre de santé MSF, David, 20 ans, s'installe sur un canapé pour une séance de thérapie avec Jessica Zúniga, psychologue à MSF. « Quand je suis arrivé ici, j'étais dans une très mauvaise passe », raconte-t-il. « J'ai été agressé en public. Cela m’a fait peur... et nous n'avons aucun moyen de nous protéger, aucun endroit où aller ni personne à qui nous adresser pour signaler ces faits ». 

Être victime de discrimination et être pris pour cible en raison de son identité peut avoir un impact considérable sur la santé mentale. Les personnes LGBTQIA+ sont davantage exposées au risque de suicide et aux pensées suicidaires, aux troubles de l'humeur et à l'anxiété, ainsi qu'à la toxicomanie. Il peut également être difficile de demander une aide psychologique pour ceux qui se sentent incapables d'exprimer librement leur identité à un thérapeute. 

« Les patients nous confient que, parfois, d'autres praticiens imposent leurs valeurs, qu'elles soient sociales ou religieuses, lors des consultations, ce qui les met mal à l'aise », explique Jessica Zúniga.

Jessica Zúniga, psychologue chez MSF, dans son bureau au sein de la clinique.
 © Fritz Pinnow Kawas/MSF
Jessica Zúniga, psychologue chez MSF, dans son bureau au sein de la clinique. © Fritz Pinnow Kawas/MSF

Comme beaucoup, David a d'abord hésité à se faire prendre en charge. « J'avais peur qu'il y ait un problème à parler de mes difficultés de manière aussi ouverte », ajoute-t-il. « Quand j'ai réalisé qu'il existait un endroit spécialement dédié à la communauté, je me suis senti plus en sécurité. C'est pourquoi j'ai décidé de venir ».

Jefry a vécu une expérience similaire. « La première fois que j'ai eu accès à des soins de santé mentale, c'était chez MSF, et je pense que cela a marqué un tournant dans ma vie », confie-t-il. « Je me considère désormais comme une personne plus forte, plus équilibrée sur le plan émotionnel ».

Kimberly Rodríguez, technicienne de laboratoire chez MSF, analyse un échantillon dans le laboratoire interne de la clinique MSF de San Pedro Sula.
 © Fritz Pinnow Kawas/MSF
Kimberly Rodríguez, technicienne de laboratoire chez MSF, analyse un échantillon dans le laboratoire interne de la clinique MSF de San Pedro Sula. © Fritz Pinnow Kawas/MSF

« MSF est plus qu'un cabinet médical ou une clinique », explique Jefry. « C'est un lieu sûr où nous pouvons nous rendre sans craindre d'être rejetés ou maltraités, et où nous pouvons recevoir des soins médicaux sans aucun préjugé ».

Notes

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