Pologne : MSF dénonce les refoulements violents et l’accès suspendu à l’asile

Un secouriste soigne les blessures d'une personne migrante, dans la forêt de Bialovèse en 2024.
Un secouriste soigne les blessures d'une personne migrante, dans la forêt de Bialovèse en 2024. © Jakub Jasiukiewicz/MSF

Un an après la suspension des procédures d’asile par le gouvernement polonais, les personnes arrivant dans le pays sont exposées à de graves dangers, conséquence du refus persistant des autorités polonaises de leur accorder l’asile et des refoulements violents vers la Biélorussie. Médecins Sans Frontières (MSF) appelle le gouvernement polonais à rétablir l’accès à l’asile et à la protection internationale pour toutes les personnes en quête de sécurité.

Le 26 mars 2025, le gouvernement polonais a adopté une loi suspendant le droit de déposer une demande de protection internationale via les procédures d’asile à la frontière polono-biélorusse.

« MSF condamne fermement cette loi et appelle le gouvernement polonais et les institutions de l’UE à rétablir le droit de demander l’asile et à garantir un accès inconditionnel aux soins médicaux pour les personnes traversant la frontière. Les personnes ne doivent pas être expulsées de force des hôpitaux et abandonnées dans une forêt » déclare la Dre Alice Silvestro, coordinatrice médicale de MSF en Pologne.

À la suite de plaintes de la société civile et d’ONG, des clauses d’exemption limitées ont été introduites, notamment pour les femmes enceintes, les mineurs non accompagnés et les personnes nécessitant des soins médicaux spécialisés. Si ces exceptions étaient censées, en théorie, garantir la protection des droits de certaines personnes vulnérables, MSF constate qu’elles sont largement inefficaces dans la pratique. Des personnes souffrant de graves problèmes de santé se voient régulièrement refuser l’accès à la procédure d’asile.

« Au cours de l’année écoulée, à la demande d’autres organisations de la société civile, MSF a examiné l’état de santé de personnes entrant en Pologne qui relevaient clairement de l’exception de vulnérabilité », explique la Dre Silvestro. « Dix-huit personnes présentaient des pathologies graves ou critiques, dont onze ont été refoulées sans aucune forme d’évaluation ou de prise en compte de leur vulnérabilité. Chacune disposait d’un avis médical écrit en polonais ; mais cela n’a pas empêché les gardes-frontières de rejeter leur demande d’asile et de soins médicaux essentiels, et de les renvoyer [en Biélorussie] ».

Ces onze personnes n’ont finalement été autorisées à entrer en Pologne pour demander l’asile qu’après l’intervention de la Cour européenne des droits de l’Homme, qui a ordonné des mesures provisoires empêchant les refoulements vers la Biélorussie.

Malgré cette décision, certaines personnes gravement malades restent bloquées dans la forêt, au lieu d’être transférées en urgence vers des hôpitaux polonais pour recevoir des soins.

Au cours de l’année passée, MSF a constaté des refoulements dans la forêt ou des refus d’entrée aux points de passage officiels, y compris pour des patients atteints de pneumonie, d’anémie ou de tuberculose. Nombre d’entre eux ont tenté de franchir à nouveau la frontière, avec des blessures aggravées par la violence ou le froid extrême. Ce n’est qu’à ce stade qu’elles ont été autorisées à demander l’asile, nécessitant souvent des interventions lourdes et risquées, comme des amputations.

En outre, MSF a documenté le refoulement d’au moins 21 personnes immédiatement après leur sortie de deux hôpitaux frontaliers en Podlachie en 2025. « Ces personnes sont expulsées [des hôpitaux] alors qu’elles sont encore loin d’être rétablies. Pouvez-vous imaginer être soigné pour des fractures ou des engelures pouvant entraîner une amputation, puis être abandonné seul dans la plus ancienne forêt d’Europe ? » explique la Dre Silvestro.

Les enfants ne sont pas épargnés par cette cruauté 

Parmi les personnes les plus à risque figurent les mineurs non accompagnés. À la frontière, la décision de procéder à une évaluation de l’âge, pour déterminer s’ils peuvent bénéficier de l’exemption, repose entièrement sur les gardes-frontières ou les militaires qui les détiennent, sans contrôle indépendant ni expertise spécialisée en protection de l’enfance. 

« Lors des évaluations, on utilise des radiographies du poignet ou des examens dentaires qui nuisent aux enfants et ne sont pas fiables scientifiquement, comme MSF l’a souligné dans son rapport “Age as a verdict», précise la Dre Silvestro. « De plus, ils n’ont pas le droit de contester la décision ». Les enfants considérés à tort comme majeurs sont exclus de toutes les protections prévues par le droit polonais, européen et international.

Cette loi, qui viole ouvertement les droits humains et le droit de l’Union européenne, n’a pas dissuadé les personnes de tenter de trouver refuge en Pologne. Les violences à leur encontre et les violations de leurs droits sur le sol européen restent largement invisibles aux yeux des citoyens européens.

Notes

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