Papouasie-Nouvelle-Guinée : « Si j’y retourne, ils me tueront ». Soutenir les femmes victimes de violences

MSF staff make final preparations
Le personnel de MSF avant l'ouverture du Centre de soutien aux familles à l'hôpital de Minj, qui aide les femmes survivantes de violences en Papouasie-Nouvelle-Guinée. © MSF

En Papouasie-Nouvelle-Guinée comme dans de nombreux pays du monde, les survivantes de violences sexuelles et domestiques font face à l'exclusion et au traumatisme. Médecins Sans Frontières (MSF) renforce l'accès aux soins d'urgence et au parcours de soutien pour briser le cycle du silence.

« Les violences sexuelles sont monnaie courante ici. Des hommes violent des jeunes femmes. La violence sévit aussi au sein des foyers », affirme Yen, une bénévole locale aux côtés de MSF. Pour les victimes, l'enjeu est double : survivre à ces agressions et trouver une aide dans un espace sûr avant que la peur et la stigmatisation ne les isolent définitivement.

État des lieux : l'ampleur des violences de genre en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Dans le pays, 56 % des femmes de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques, selon les dernières données démographiques (2016-2018).  

Le fardeau est particulièrement lourd dans les Hautes Terres, où près d'un tiers des femmes déclarent avoir subi des violences sexuelles. Les discriminations sexistes et sexuelles, mais aussi les accusations de sorcellerie, sont les principaux facteurs de ces violences.  

« Tout mon village s'est retourné contre moi après une simple accusation [de sorcellerie]. J'ai fui pour sauver ma vie. Si j’y retourne, ils me tueront », témoigne une survivante. 

Pour les femmes qui ont subi des agressions, c'est le silence qui prédomine : 39 % des survivantes n'osent ni chercher d'aide, ni parler de leur vécu autour d’elles.

Pourquoi les 72 premières heures sont cruciales après une agression sexuelle ?

En cas de viol ou d'agression grave, chaque seconde compte. La prise en charge dans les 72 premières heures est vitale pour : 

  1. Administrer les soins médicaux d'urgence et traiter les blessures. 
  2. Fournir la prophylaxie post-exposition (PPE) contre le VIH. 
  3. Proposer une contraception d'urgence et prévenir les infections. 
  4. Initier un soutien psychosocial immédiat.  

 

« Un parcours d'orientation, c'est la promesse qu'une victime ne sera pas forcée de répéter son histoire et de revivre son traumatisme à chaque étape », souligne Rachel Wehrung, coordinatrice de projet MSF à Jiwaka.

Comment MSF améliore la prise en charge médicale des victimes 

La province de Jiwaka est identifiée comme une zone prioritaire nécessitant une intervention humanitaire d'urgence. Afin de répondre aux lacunes du système de santé et de soutien aux personnes qui ont subi ces violences, Médecins Sans Frontières (MSF) collabore avec les autorités locales pour offrir des soins gratuits, confidentiels et respectueux. 

Formation des agents de santé et sensibilisation 

Entre septembre et décembre 2025, l'action de MSF s'est structurée autour de deux axes : 

  • Soutien aux professionnels de santé pour accompagner les survivantes : 164 agents de santé ont par exemple été formés dans neuf établissements pour garantir des soins sûrs et cohérents. 
  • Sensibilisation des communautés : plus de 4 000 personnes ont été sensibilisées via des séances d'information pour mieux connaître leurs droits et les services disponibles, et lever les tabous. 

L’ouverture d'un centre de soutien pour les survivantes  

Inauguré en septembre 2025, le Centre de soutien aux familles (FSC) de Minj est le pilier de cette stratégie. Il offre aux victimes un parcours clair, de l'accueil médical au suivi psychologique, évitant ainsi la dispersion des services. 

Le rôle essentiel des femmes formées par MSF 

Dans les zones reculées des Hautes Terres, l'accès aux cliniques de santé est entravé par le manque d'infrastructures et le coût des transports. Les bénévoles de santé formés par MSF dans les villages deviennent alors le premier maillon de la chaîne de prise en charge et de soutien. 

« J'ai vu les ravages [de la violence] sur nos sœurs et nos mères. Des personnes comme moi doivent s'engager pour que les victimes puissent se faire soigner », assure Yen, bénévole locale. En formant des habitantes comme Yen, MSF s'assure que le message de prévention et d'aide est diffusé au sein des communautés, là où la stigmatisation est la plus forte. 

MSF en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Depuis 2024, Médecins Sans Frontières intervient dans la province de Jiwaka pour garantir l’accès à des soins gratuits et confidentiels aux survivantes de violences sexuelles et sexistes. En soutenant les structures de santé locales et en formant des volontaires communautaires, MSF renforce les parcours de soins pour assurer une prise en charge médicale et psychologique rapide. 

Notes

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