Ukraine : vivre dans un pays détruit par quatre années de guerre
Le 24 février 2022, après 8 années d'affrontements dans l’est du pays, les troupes russes ont lancé une invasion à grande échelle de l’Ukraine. Depuis, l'escalade continue du conflit armé a coûté la vie à des milliers de civils, déplacé des millions de familles et causé des dégâts considérables aux infrastructures, y compris aux installations médicales. Ces 4 années de guerre ont dévasté le pays. La population tente de survivre dans des conditions de vie extrêmement précaires, aggravées par la destruction ciblée des infrastructures énergétiques par les forces russes.
Damir a deux mois. Sa mère, Kateryna Murashkina, a 17 ans. Depuis sa naissance, il a été baigné deux fois : une fois à l'hôpital et une fois lors d'une journée où l'électricité était brièvement revenue.
« Nous utilisons maintenant des lingettes parce qu'il fait très froid », explique-t-elle. « La pièce ne se réchauffe pas à temps pour lui donner son bain. J'ai peur que mon enfant attrape froid. »
Kateryna et Damir vivent dans un ancien institut scientifique à Dnipro, réaménagé en refuge en 2022, où les équipes de MSF fournissent désormais des consultations médicales aux résidents. Environ 270 personnes déplacées de zones occupées ou de villes réduites en ruines y vivent. Les frappes répétées des forces russes sur les infrastructures énergétiques font que les résidents endurent des journées sans chauffage, sans eau et sans électricité, avec des températures descendant jusqu'à - 20 °C.
« Au cours des deux derniers mois, nous avons vécu un hiver très difficile, le plus froid que l'Ukraine ait connu depuis plusieurs années. Les attaques russes ont visé les infrastructures électriques et de chauffage, et les conséquences ont été brutales. J'ai dû emménager dans l'appartement d'un collègue après un mois sans eau courante, sans toilettes, avec un chauffage très intermittent et parfois seulement 2 ou 3 heures d'électricité par jour », détaille Robin Meldrum, directeur des activités de MSF en Ukraine.
MSF est présente dans des abris comme celui où vivent Katerina et Damir, grâce à des cliniques médicales mobiles. Les besoins des personnes déplacées sont croissants, alors que les combats continuent de vider les villes et les villages. Le nombre de consultations fournies par les cliniques médicales mobiles a plus que doublé en 2025 par rapport à 2024, passant de 4 327 à 9 500.
Pour de nombreuses personnes vivant près de la ligne de front, la décision de quitter leur foyer est très difficile à prendre, malgré le danger extrême que représente l'avancée de la ligne de front. Disposant de moyens financiers limités et de peu d'alternatives, les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques restent souvent chez elles jusqu'à ce que les bombardements incessants et l'effondrement des infrastructures et des services essentiels, y compris les services médicaux, ne leur laissent d'autre choix que de fuir.
L'ampleur des destructions en Ukraine est très importante et ne fait que s'aggraver. La nature de la guerre, qui mobilise en première ligne de l'artillerie, des drones et des missiles, n’épargne rien ni personne lorsque la ligne de front se déplace. Les équipes de MSF ont également été contraintes de s'adapter, quittant sept hôpitaux et plus de 40 sites où elles géraient des cliniques mobiles, lorsque la situation est devenue trop dangereuse.
« Un hôpital général que nous soutenions près de la ligne de front à l'est n'avait pas de chirurgien, jusqu'à ce que l'équipe MSF propose d'y intégrer une équipe médicale. Pendant 12 mois, notre équipe a réalisé ou assisté 452 interventions chirurgicales dans cet hôpital, jusqu'à ce que la ligne de front se rapproche trop et que nous devions nous retirer et commencer à soutenir un autre hôpital situé un peu plus loin de la zone de combat active » explique Robin Meldrum.
Lyman, dans la région de Donetsk, est l'un des districts où MSF gérait des cliniques mobiles avant que l'insécurité ne rende les opérations impossibles. En juin 2024, les activités ont été entièrement suspendues. Aujourd'hui, environ 2 000 habitants restent dans cette ville située en première ligne, qui subit des bombardements quotidiens.
Liubov Kuzmenko, 65 ans, originaire de Siverskodonetsk, vit également dans le centre d'accueil avec Kateryna et Damir. Elle explique que son appartement a été pillé après la prise de contrôle par les forces russes, mais que ce qui est le plus lourd, c'est d'être séparée de sa famille.
« Mes parents sont restés sous occupation. Mon père est décédé en 2024, et je n'ai pas pu rentrer pour l'enterrer. J'ai envoyé des messages vidéo à ma mère — cela me fait mal de ne pas avoir pu être là. »
Alors que la guerre se poursuit, les hôpitaux, les pharmacies, les écoles et les magasins ont été détruits ou fermés. Des villes entières sont devenues inhabitables. À mesure que les combats se poursuivent, les déplacements de population augmentent — et les besoins humanitaires deviennent plus complexes et prolongés.
MSF continue de fournir des soins médicaux et psychologiques dans toute l'Ukraine. Elle apporte un soutien aux hôpitaux situés près de la ligne de front, participe à la gestion des ambulances pour les blessés de guerre et à la gestion des cliniques mobiles dans les abris et les communautés accueillant des personnes déplacées, mais aussi dans les endroits où les gens tentent de rester, malgré l'effondrement des services et l'avancée des lignes de front.